Il faisait trente-quatre degrés à l’ombre sur cette départementale oubliée du Var. L’air tremblait au-dessus du bitume. Je pensais que ma seule récompense serait une douche froide à l’arrivée. Je me trompais. La chaleur allait monter de plusieurs crans, et l’eau n’y changerait rien.
Je m’appelle Marc. Je roulais fenêtres ouvertes, fuyant l’autoroute aseptisée pour les virages odorants de l’arrière-pays. C’est dans une ligne droite bordée de pins que je les ai vus. Une berline allemande, capot fumant, warning en détresse. Et ce couple, planté là comme deux touristes perdus dans la savane.
Lui, Julien, la trentaine soignée, chemise en lin déjà auréolée, regardait sa roue crevée avec l’air d’un homme qui tente de déchiffrer des hiéroglyphes. Elle… Sarah. Adossée à la portière passager. Une robe d’été blanche, légère comme un souffle, qui jouait avec le vent chaud.
Je me suis garé. Le silence, une fois le moteur coupé, était assourdissant, juste le chant strident des cigales.
— Besoin d’un coup de main ?
Julien a soupiré de soulagement, marmonnant quelque chose sur le cric introuvable. Sarah m’a juste fixé. Elle avait ces yeux sombres, indéchiffrables, et un sourire en coin qui ne disait pas merci, mais plutôt : « Voyons ce que tu vaux. »
Je me suis mis au travail. La mécanique, c’est sale, c’est physique. Je sentais la sueur couler le long de ma colonne vertébrale. J’ai tombé la chemise. Accroupi près de la roue, je devinais sa présence juste derrière mon épaule. Elle ne bougeait pas. Je sentais son parfum, un mélange capiteux de vanille et de peau chauffée par le soleil, qui prenait le pas sur l’odeur du goudron fondu.
À un moment, un boulon récalcitrant m’a obligé à changer d’angle. Ma tête s’est retrouvée au niveau de ses hanches. Le soleil traversait le tissu fin de sa robe. En contre-jour, la silhouette de ses jambes fuselées se dessinait parfaitement. Et plus haut… rien. Pas de marque d’élastique. Juste l’ombre prometteuse de son intimité.
J’ai relevé la tête, le souffle court. Elle m’a vu regarder. Elle n’a pas reculé. Au contraire, elle a écarté imperceptiblement les cuisses, juste assez pour que je comprenne que ce n’était pas un oubli.
— Vous transpirez beaucoup, a-t-elle murmuré. Sa voix était rauque, basse.
Je me suis relevé, les mains noires de cambouis, le visage ruisselant. Je cherchais un chiffon dans ma poche arrière. Elle a été plus rapide. Elle a plongé la main dans son sac à main posé sur le toit brûlant de la voiture.
— Tenez.
J’ai attrapé le tissu soyeux qu’elle me tendait. J’ai essuyé mon front, mes yeux. La douceur était incroyable. Et l’odeur… Mon dieu. Ce n’était pas un mouchoir. Ça sentait le sexe. Le sexe féminin, musqué, intime. J’ai baissé les yeux sur le bout de tissu noir en dentelle que je tenais. Sa culotte.
Je suis resté figé, le tissu pressé contre mon nez, inspirant cette odeur animale. Julien était de l’autre côté de la voiture, au téléphone avec son assurance, totalement inconscient du drame qui se jouait.
Sarah a repris sa culotte de mes mains sales, sans se soucier des traces de graisse que j’y laissais. Elle l’a remise dans son sac avec une lenteur calculée.
— On a une villa à dix minutes, dit-elle. Il y a une piscine. Et une douche. Vous ne pouvez pas repartir comme ça.
Mon érection était si douloureuse qu’elle menaçait de faire craquer mon jean. J’ai accepté. Je savais que je venais de signer pour quelque chose de dangereux.
La villa était isolée, cachée par de hauts murs de pierre. J’ai pris une douche rapide, l’eau froide n’arrivant pas à calmer l’incendie dans mes veines. En sortant de la salle de bain, serviette sur les épaules, le silence de la maison m’a frappé. Pas de bruit de conversation. Juste… une respiration. Rythmée. Humide.
J’ai suivi le son jusqu’au grand salon cathédrale.
Ils ne m’avaient pas attendu. Ou plutôt, ils avaient commencé pour moi.
Julien était assis au bout du canapé en cuir beige, entièrement habillé, une main dans son pantalon, l’autre tenant un verre de whisky qui tremblait légèrement. Il ne la touchait pas. Il regardait.
Sarah était au centre de la pièce, à genoux sur le tapis persan. Elle était nue, sa peau dorée luisant de sueur. Elle se caressait avec une fureur qui m’a coupé le souffle. Ses doigts entraient et sortaient de son sexe trempé, produisant ce bruit de succion obscène qui résonnait dans la pièce vide. Elle avait la tête renversée en arrière, gorge offerte, les yeux fermés.
Quand je suis entré, Julien a levé les yeux vers moi. Il n’y avait aucune jalousie dans son regard. Juste une soumission totale, une envie pressante de voir sa femme prise par un autre, par un homme plus brut, plus sale.
Sarah a ouvert les yeux. Elle a vu mon torse velu, mes bras encore marqués par l’effort de la route. Elle a arrêté son mouvement, laissant sa main prisonnière entre ses cuisses.
— Viens, a-t-elle ordonné. Pas une demande. Un ordre.
J’ai laissé tomber ma serviette. J’étais dur comme de la pierre. J’ai vu les yeux de Julien s’écarquiller en voyant ma virilité, bien plus imposante que la sienne. Sarah, elle, a eu ce sourire carnassier, celui d’une prédatrice qui voit enfin une proie à sa taille.
Je n’ai pas eu besoin de préliminaires. L’atmosphère était chargée d’électricité statique. Je me suis approché d’elle. Elle a agrippé mes cuisses, posant sa joue contre mon sexe, humant mon odeur, me léchant comme on goûte une glace avant de la mordre. Sa bouche était chaude, experte, mais impatiente. Elle ne voulait pas me sucer, elle voulait me sentir en elle.
Elle s’est retournée, s’offrant à quatre pattes, cambbrant les reins à l’extrême, m’offrant une vue imprenable sur son anatomie ouverte et rose. Julien s’était levé, il tournait autour de nous comme un voyeur affamé, son souffle court rythmant la scène.
— Défonce-la, a chuchoté Julien. Vas-y… Elle n’attend que ça.
Je l’ai prise sans ménagement. Ma pénétration lui a arraché un cri qui n’avait rien d’humain. C’était serré, chaud, bouillant. Une étreinte de velours et de feu. Sarah poussait contre moi, cherchant à m’engloutir entièrement. Ses ongles griffaient le tapis, ses fesses claquaient contre mon bassin avec un bruit de chair mat et violent.
Plus je montais en cadence, plus elle devenait vulgaire. Elle me suppliait, insultait son mari qui se masturbait frénétiquement à quelques centimètres de nous. Elle voulait tout : mes doigts dans sa bouche, ma main claquant ses fesses, ma sueur tombant sur son dos.
Le moment de l’orgasme a été un chaos sensoriel. Elle a joui en contractant ses muscles autour de ma verge avec une force telle que j’ai cru qu’elle allait me briser. J’ai senti Julien se crisper, lâchant son propre plaisir sur les fesses de sa femme au moment précis où je me retirais pour inonder ses reins de ma semence.
Nous sommes restés là, effondrés les uns sur les autres, dans l’odeur âcre du sexe et de la fin d’après-midi.
Je suis reparti une heure plus tard. Sur la route du retour, mes mains sentaient encore le cambouis et le parfum de Sarah. Je n’ai jamais repris cette route. Certains souvenirs sont trop brûlants pour être vécus deux fois.



